Les Livres de Silouane

07 février 2012

Témoin involontaire

51KCbWlcJiLUn bon livre, davantage un roman d’atmosphère et de quête de soi qu’un roman policier ou judiciaire.

Guido Guerrieri, avocat à Bari, ville placée au-dessus du talon de la botte italienne, touche le fond. Après dix ans, d’union, Sara le quitte et il a perdu le goût de vivre. Gianrico Carofiglio nous fait pénétrer dans les replis de la psychologie de Guido égaré. Survient alors une Africaine qui lui demande de défendre un ami sénégalais, vendeur ambulant, accusé de meurtre d’un petit garçon. Il accepte ce cas difficile qui va le mettre face aux effluves du racisme et d’une enquête vite expédiée. L’avocat s’efforcera de démontrer les incohérences d’une apparence trop simple. Une belle promenade dans le système judiciaire italien. Carofiglio, magistrat antimafia, a peint l’envers du décor d’un système qui trouve vite son bouc émissaire tout en gardant des notes d’humour et d’autodérision qui agrémentent le roman.

 

41I2I4erJeLPour mieux comprendre l’Italie, un petit livre fort utile, « L’Italie expliquée aux Français », écrit par Corrado Augias, journaliste en poste à Paris. L’auteur tente de décrypter cette Italie paradoxale qui avait mis à sa tête un clown nommé B… « "On a du mal à comprendre ce qu'est l'Italie, aujourd'hui : d'un côté, un pays d'excellence pour la mode, le design, l'architecture, la musique, certains sports, la cuisine, le vin et une qualité de vie qui reste globalement bonne malgré tout; de l'autre, le pays du désordre, d'une vie politique confuse et inefficace, d'une corruption diffuse, d'une criminalité agressive et d'un Sud en état chronique de sous-développement.

Laquelle est la véritable Italie? Elles sont toutes deux réelles..."

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20 janvier 2012

The Drop de Michael Connelly

dropConnelly, pour son 24e roman, reprend le célèbre Harry Bosch. Après le décevant "9 Dragons" avec un Bosch entre Hong Kong et Los Angeles, et le bon "The 5th Witness", non traduit, et une présence microscopique du détective, "The Drop", sorti le 28 novembre dernier, donne part entière à Harry qui travaille au département des cas non résolus. Une affaire vieille de plus de 20 ans ressort grâce à l'ADN, qui permet de remonter à un individu âgé de 8 ans lors du viol et du meurtre d'une jeune fille de 21 ans. Dans le même temps, le fils de son ancien supérieur et ennemi, Irving, est retrouvé au bas de sa chambre d'hôtel. S'est-il suicidé ou a-t-il été suicidé, ou encore est-ce une chute par accident? Irving préfère que ce soit Bosch qui mène l'enquête;  il sait que le détective travaille pour la vérité, pour lui "Everybody counts or nobody counts" et qu'il parviendra à oublier les différends pour remplir sa mission. Les deux affaires n'ont pas de relation, comme l'explique l'auteur ici


L'ancien journaliste montre encore une parfaite maîtrise de la construction et nous fait rentrer littéralement dans l'enquête, il a par ailleurs demandé l'aide de deux détectives du LAPD pour l'enquête sur la mort du fils d'Irving, voir ici. L'auteur a voulu montrer comment travaillent les flics, qui sont souvent à cheval sur plusieurs cas et parfois tourmentés par des conflits internes. Bosch évolue apparemment au coeur d'une guerre de pouvoir entre Irving, qui opère désormais à la mairie, et la direction du LAPD. Il semble même être manipulé.On peut regretter que le partenaire du détective, Chu, n'ait pas plus d'épaisseur, comme ses anciens équipiers, Edgar ou Kiz, dans les précédents ouvrages.
En tout cas, un très bon Connelly que j'ai lu à toute à allure.

 Le titre "The Drop" se réfère à trois points : drop signifie chuter, tomber, Irving a chuté du balcon; une goutte - autre signification de drop - de sang a permis d'avoir un ADN et de remonter jusqu'à l'assassin; Le DROP est aussi l'acronyme pour Deferred Retirement Option Plan, l'ex et futur retraité Bosch est dans son 39e mois de ce programme et aimerait obtenir une durée totale de 5 ans.Quelle option pour le titre vont choisir les traducteurs? Les paris sont tenus.

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27 décembre 2011

Le banquier assassiné

 

 banquierAugusto De Angelis ( 1888-1944) est l’un des pères du roman policier italien. Il a su, dans un premier temps, habilement naviguer durant les années 30 en évitant les foudres de la censure mussolinienne, le genre était alors considéré comme suspect. Cependant, De Angelis a connu une fin précoce à la suite d’une dénonciation en 43 qui l’a mené dans les géôles de la dictature.

Romain de naissance, il a  néanmoins donné pour cadre à ses romans la cité de la botte la plus européenne de l’époque, Milan. Alors que la plupart des écrivains avaient les yeux rivés sur le hard boiled américain pour s’en inspirer, il a su innover en créant un genre policier italien : « L’essentiel pour moi est de créer un climat, de faire vivre le drame au lecteur ( L’essenziale per me è creare un clima. Far vivere al lettore il drama.) ». Il a inséré de nombreux ingrédients du cru local avec la ville de Milan, ses rues, ses demeures, ses intérieurs, ses hôtels, ses commerçants, ses capitaines d’industrie, ses banques, ses bureaux et surtout un type de policier italien avec un mélange de paternalisme, tyranie et bureaucratie.

Le commissaire De Vicenzi, qui apparaît pour la première fois dans « Le banquier assasiné, Il banchiere assassinato » en 1935 montre finesse, intelligence et une culture étendue avec des lectures allant de Platon à Freud en passant par Oscar Wilde et bien d’autres. De Vicenzi s’appuie sur l’observation et son intuition pour détecter les indices et confondre l’assassin. Au début d’une nuit, son ami Aurigi, trader, vient lui rendre visite au commissariat. Quelques instants plus tard, le flic est appelé pour un meurtre...dans l’appartement d’Aurigi. Le cadavre appartient à un banquier qui a prêté une importante somme d’argent à son ami. Vicenzi déliera un à un tous les fils pour confondre le meurtrier inattendu.devincenzi

Un bon roman d’énigme, avec un brin de poésie, qui permet de revisiter l’Italie des années 30. La télévision a adapté dans les années 70 " les  De Vicenzi".

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23 décembre 2011

Le Chinois et la Suède

41JkdDAvelL"Le Chinois ( Kinesen, 2009)" de Henning Mankell (octobre 2011) au Seuil  , traduit du suédois  par Rémi Cassaigne

Mankell démarre sur du Mankell alla Wallander, des morts horribles dans une société suédoise qui perd sa belle vitrine.  Puis, il nous embarque dans la machine à remonter le temps pour retrouver le cruel Far West américain et la non moins impitoyable Chine du XIXe siècle pour « justifier » une vengeance imprimée dans l’âme de plusieurs générations.  Attentif observateur de l’évolution de la rapace mondialisation, Il recourt à une théorie d’un complot chinois en terre africaine (avec la complicité des grandes poches gouvernementales locales corrompues) pour soigner des maux et satisfaire de colossaux besoins de matières premières de la Chine d’aujourd’hui.

Si le lecteur retrouve avec plaisir la qualité de construction et une écriture qui suscite l’empathie, les personnages semblent à certains égard négligés, sans parfois le manque de finesse habituel. Quant à l’intrigue, il est difficile d’accrocher et de croire à « cette » juge devenue un(e) détective qui trouve des indices avec tant d’aisance. L’aspect  géopolitique, si il peut paraître prendre beaucoup d’espace, apporte une dimension supplémentaire passionnante au récit.

Un bon roman même si on ne retrouve pas le grand Mankell.

 

 

 

Posté par Vatopedi à 14:29 - Commentaires [0] - Rétroliens [0]